- FERRY (J.)
- FERRY (J.)FERRY JULES (1832-1893)Avocat, opposant républicain à l’Empire, Jules Ferry est l’auteur du pamphlet publié par Le Temps en 1868, Les Comptes fantastiques d’Haussmann , où il attaque la gestion financière du célèbre préfet. Membre du Corps législatif en 1869, maire de Paris en 1870, il est élu en 1871 à l’Assemblée nationale et siège parmi les députés de la gauche républicaine. Très actif lors de la crise du 16 mai 1877 qui amène la démission de Mac-Mahon, il devient ministre de l’Instruction publique en 1879 dans les cabinets Waddington et Freycinet. Il accomplit là une œuvre considérable: il souhaite bâtir sur l’école la France républicaine et laïque. Deux fois président du Conseil, de septembre 1880 à novembre 1881 et de février 1883 à mars 1885, il garde le portefeuille de l’Instruction publique. Juriste, Ferry affirme: «Nous croyons que la République doit être un gouvernement.» Il s’oppose par là à l’intransigeance radicale et affirme qu’il faut gagner à la République la «grande démocratie rurale». Cette génération de républicains se situe entre celle de Proudhon et celle de Jaurès, mais ignore encore la question sociale. Pourtant, c’est sous le gouvernement Ferry qu’est votée la loi de 1884, reconnaissant les syndicats professionnels, après les lois consacrant la liberté de réunion et la liberté de la presse. À partir des élections de 1881, Ferry entend réaliser une révision partielle de la Constitution de 1875. C’est la révision de 1884 qui assoit définitivement la IIIe République sur le système équilibré du bicamérisme. Libre penseur, il s’oppose pourtant aux radicaux en soutenant l’esprit du concordat qui lie l’Église de France à l’État. C’est dans le domaine scolaire qu’il accomplit son œuvre militante. Positiviste, Ferry est bien de son temps lorsqu’il cherche un idéal commun hors des luttes religieuses. Libéral et antijacobin, le juriste croit aux droits de l’État sur l’enseignement. Ferry conduit le combat anticlérical en attaquant dès l’abord la loi Falloux de 1850. La loi du 27 février 1880 substitue le principe de la compétence pédagogique à celui de la représentation des influences sociales. C’est au nom de la séparation du spirituel et du temporel que la République s’empare de l’Université. L’article 7, qui vise les jésuites, interdit à tout membre d’une congrégation l’enseignement privé ou l’enseignement public. Le Sénat s’y oppose, en août 1879, au nom de la liberté. Les congrégations non autorisées sont dissoutes par décret. Ferry réalise ensuite la réforme de l’enseignement primaire: école gratuite (loi de juin 1881), obligatoire et laïque (loi de mars 1882). Il développe les écoles normales d’instituteurs: la bataille est rude, tant aux Chambres que dans l’opinion. Puis vient la réforme de l’enseignement secondaire, il supprime le discours latin et crée les lycées de jeunes filles.Dans le même temps, Ferry, pour des raisons politiques et économiques, attache son nom à une vaste politique d’expansion coloniale. La Tunisie est investie en deux temps, au cours de l’année 1881. De 1883 à 1885, Brazza occupe une partie du Congo et la France s’impose à Madagascar. La conquête du Tonkin commence. Le premier traité de Tianjin ne met pas un terme aux difficultés. Après le désastre de Lang Son, l’extrême gauche autour de Clemenceau et l’extrême droite autour de Déroulède attaquent Ferry le Tonkinois, qui est renversé le 30 mars 1885. Sénateur en 1891, il deviendra président du Sénat juste avant sa mort.
Encyclopédie Universelle. 2012.